Appel du 7 novembre
2011.
Solidarité avec le peuple grec en résistance, ou
:
PROGRESSISTES, REFUSONS LE NOUVEL
EURO-ESCLAVAGE POUR DETTES !
Il y a 2500 ans,
les armées grecques emmenées par les hoplites de la toute jeune démocratie
athénienne arrêtaient l’Empire perse en pleine expansion : c’était la bataille
de Marathon (-490), bientôt suivie des victoires de Platée et de Salamine. Les
citoyens grecs triomphaient alors du despotisme oriental en se rangeant derrière
la fière devise : « mieux vaut mourir libres que vivre esclaves
! ».
Dans le même
temps, une immense révolution plébéienne secouait l’Attique, donnant naissance à
la première grande démocratie de l’histoire, celle d’Athènes, sous la conduite
de Solon, de Clisthène, puis de Périclès. La tragédie Les Perses d’Eschyle commémore cette
grande avancée civilisatrice, qui venait couronner sur le terrain politique
l’ainsi-dit « miracle » grec, lequel avait vu Thalès et d’autres penseurs
récuser la mythologie traditionnelle, inventer la démonstration géométrique,
jeter les bases philosophiques des sciences de la nature et de la médecine en
refusant toute référence au surnaturel. Cette époque grandiose vit aussi la
naissance du théâtre grec, alors profondément ancré dans la vie de la Cité.
Le moteur
de ces bouleversements sans précédent fut le soulèvement des plébéiens de
l’Attique, notamment de la petite paysannerie, contre l’esclavage pour dettes pratiqué par
l’aristocratie des Eupatrides : c’est sur la condamnation radicale de
cette pratique que s’est édifiée, dans les limites sociales et économiques qui
étaient celles de cette époque, la toute nouvelle démocratie
athénienne.
Aujourd’hui,
alors que le 2500ème anniversaire de Marathon n’a donné lieu à aucune
commémoration pan-européenne d’ampleur significative, l’U.E. écrase, humilie et
asservit la République grecque, sommée de se vendre et de se rendre à 100%
(privatisations tous
azimuts, destruction de l’Etat régalien, armée comprise, refus de reconnaître le
droit du peuple grec d’être consulté par référendum s’il en décide ainsi…).
Les principaux auteurs
de cet euro-diktat sont l’Allemagne capitaliste, - que son terrifiant passé
balkanique devrait pourtant conduire à plus de retenue - , mais aussi le
micro-Empereur vassalisé de l’Elysée. Derrière ces « diktateurs » d’apparat, on
n’a aucune peine à discerner les vraies puissances qui les inspirent : les
Banques et les sacro-saints « marchés financiers ». Cette étroite minorité
d’oligarques entend bien rétablir de fait, avec l’appui du FMI et de l’OTAN, l’esclavage pour dettes à l’encontre de
peuples entiers. Aujourd’hui ce sont la Grèce, l’Espagne et
l’Italie qui sont mises à la question, mais une fois passées les
présidentielles, ce sera le tour du peuple français, dont Nicolas Sarkozy menace
déjà de détruire la Sécurité sociale après avoir déstabilisé l’Education
nationale, l’hôpital public, la Recherche publique et cet acquis social
structurant le lien intergénérationnel que sont les retraites par répartition
nées du C.N.R. et des combats de la Résistance.
Car à court
terme, notre pays n’est pas moins visé que la République grecque : violant pour
la seconde fois le Non du peuple français à la Constitution européenne
(un Non déjà bafoué par
la forfaiture qu’a constitué l’adoption parlementaire du Traité de Lisbonne,
copie conforme du Traité Constitutionnel Européen), voilà que Sarkozy, - approuvé
sur ce point par François Hollande - , met en place sans nous consulter
un « gouvernement économique
franco-allemand » ; voilà qu’il soumet désormais le budget français aux
eurocrates de Bruxelles et Francfort, - c’est-à-dire en fait, aux experts de Mme
Angela Merkel - ; voilà qu’il invite le ministre allemand des finances à siéger
régulièrement, en qualité de mentor, au Conseil des ministres « français ». Où
et quand le peuple français a-t-il donc décidé de dissoudre son Etat-nation
séculaire pour que lui soient substituées la « Françallemagne » et la «
Franceurope » que les financiers exigent à grands cris ? Hitler a-t-il donc gagné la guerre pour
que l’impérialisme allemand, dopé par le phagocytage de l’ex-RDA et par
l’annexion à l’UE des ex-pays socialistes de l’Est (le prétendu « élargissement européen
»), impose désormais ses
vues à tout notre sous-continent avec l’aide de ceux qui, à Paris, réendossent
indignement la livrée des Emigrés de Coblence, des Versaillais de Thiers et des
collaborateurs de Vichy ?
A condition de ne
pas se laisser aveugler par l’intense propagande sur la « dette » (est-ce donc aux banques de faire
mourir les peuples ou aux peuples de mettre au pas les « marchés » ?),
à condition de refuser
le décervelage qui fait passer la « construction européenne » ultra-patronale,
germano- et américano-centrée pour la « fin de l’histoire », chacun peut
constater que l’Empire européen qui fleurit sur les ruines des acquis sociaux et
des souverainetés nationales, a bien plus à voir avec le despotisme et la
démesure du « Grand Roi » Darius qu’avec la fière devise des vainqueurs de
Marathon. En réalité, née de
l’effacement des premières expériences socialistes de l’histoire, la
« construction européenne » porte en ses flancs un noir potentiel de destruction
et de contre-révolution séculaire et millénaire. Ce ne sont plus
seulement désormais les avancées sociales liées à la Révolution d’Octobre 1917,
ni celles qui résultèrent de la défaite de Hitler à Stalingrad et à Berlin, que
menace un système capitaliste en proie à la chasse effrénée au profit. Ce n’est
plus seulement l’acquis civilisateur des Révolutions démocratiques bourgeoises
des 17ème et 18ème siècles qui se trouve réduit à néant par ceux qui
ricanent à la seule idée de consulter les peuples, de tenir compte de leurs
éventuels refus, de soumettre aux parlements nationaux élus la politique
budgétaire et monétaire des différents pays d’Europe. C’est désormais le code
génétique de « l’Europe grecque », celui-là même qui s’est formé aux
6ème et 5ème siècles avant notre ère autour des notions
d’humanisme, de raison et de citoyenneté, qui est attaqué de front par l’Empire
européen piloté par Francfort, Wall Street, la City et le CAC 40.
Si pour finir la
Grèce, son peuple fier, sa classe ouvrière et sa jeunesse combattives étaient
mises au pas par l’UE avec l’active collaboration des proconsuls « grecs » de
l’Empire, MM. Caramanlis et Papandréou, toutes les offensives antisociales,
toutes les contre-réformes fascisantes feraient un bond en avant gigantesque sur
tout le sous-continent européen. Déjà, les partis communistes sont
interdits ou persécutés dans les ex-pays socialistes de l’est, déjà porter une
chemisette ornée du Che est passible
de deux ans de prison à Varsovie, déjà l’extrême droite nostalgique du Reich ou
de Mussolini tient le haut de l’affiche (Hongrie, Italie, Flandre belge, Pays
baltes…), quand elle ne
participe pas directement au gouvernement de certains pays de la brunâtre Union
européenne. Quelle sinistre revanche posthume pour tous ces empires qu’avaient
su mettre à bas les peuples, de l’Empire perse d’avant-hier au barbare Troisième Reich
d’hier!
C’est pourquoi
les signataires de cet appel se déclarent pleinement solidaires de celles et de
ceux qui, en Grèce, refusent de plier devant « l’union sacrée » de
Papandréou-Caramanlis, laquelle vise à déposséder le peuple grec de sa
souveraineté pour l’asservir aux maîtres du capital grec et étranger. L’Europe
des luttes, celle qui ne se fait pas dans l’U.E. mais contre elle, combat déjà pour rendre aux
peuples leur droit inaliénable à disposer d’eux-mêmes, leur droit au progrès
social et à la dignité nationale, leur droit à une coopération égalitaire
dégagée du carcan de la « concurrence libre et non faussée » imposée par
l’euro-mondialisation capitaliste (avec sa monnaie unique, son marché
unique, son économie unique, sa politique unique, sa pensée unique, sans oublier
sa langue unique, l’américain des affaires). Cette Europe des résistances n’a
nul besoin de traité pour se lever contre ceux qui la nient jusque dans ses
racines : elle doit prendre de l’ampleur en se solidarisant avec tous les
peuples en lutte, et d’abord avec le peuple grec. Ce
n’est pas l’esclavage des peuples pour dettes qu’il faut rétablir, c’est au
contraire l’euro-esclavage de la dette qu’il faut abolir en taxant
durement tous les usuriers du capital, qu’ils soient grecs, allemands ou
français… Et ce n’est pas le funeste euro qu’il faut
sauver à tout prix, c’est l’indépendance des peuples, c’est le service
public, c’est le droit pour chaque peuple de produire chez lui sans devoir tout
importer et tout délocaliser ; c’est le droit pour chaque peuple de développer
sa culture et sa langue, non pour s’isoler, mais pour échanger à égalité avec
les autres pays et les autres cultures du monde entier. C’est aussi le droit
pour tous les peuples qui le souhaitent de rompre avec l’« économie de marché ouverte sur le monde
» prescrite par les Traités de Maastricht et de Lisbonne, qui interdisent
despotiquement de construire une société où les travailleurs, créateurs de toute
richesse, seront au centre de la vie politique et économique. Et s’il faut pour
cela rompre avec cette prison des peuples qu’est l’U.E., s’il faut pour cela en
finir avec l’étouffante « monnaie unique », les peuples n’en mourront pas :
c’est au contraire s’ils restent dans ces terribles machines à broyer les
peuples, qu’ils « y resteront » et qu’ils « y passeront tous », de la Grèce de
Thalès à la France du C.N.R., du Portugal de la Révolution des Œillets à la
Pologne de Kosciusko et de Dombrowski en passant par l’Allemagne de Beethoven,
de Bertolt Brecht et de Thomas Mann !
Non la devise de
l’avenir ne peut pas être : « Euro-esclave, paie ta dette qui n’en
augmentera pas moins sans cesse », comme c’est déjà le cas depuis des
décennies dans l’hémisphère Sud saigné par les banques du Nord, « et pour cela, accepte la servitude
volontaire à perpétuité et trime de plus en plus durement, de plus en plus
tardivement, de plus en plus indignement, en recevant toujours moins de salaire,
de soins médicaux, d’éducation… et de respect » !
Comme le disait
l’appel clandestin publié par Jacques Duclos et par Maurice Thorez en juillet
1940 à l’intention de notre peuple humilié, « jamais un grand peuple comme le nôtre ne
sera un peuple d’esclaves ! ». Comme le clame encore aujourd’hui le peuple
cubain héritier d’Ernesto Guevara face au blocus de l’Empire U.S. : « la patrie ou la mort, nous vaincrons !
». Et comme le disaient hier nos Sans-Culotte, « liberté, égalité, fraternité ou la mort !
», ce qui revenait à traduire en français la sublime devise des hoplites de
Marathon.
A la fois patriotique et internationaliste, la nouvelle bataille contre
l’esclavage pour dettes vient de commencer à Athènes. Nous
appelons les intellectuel(-le-)s attaché(-e-)s aux Lumières, les militant(-e-)s
fidèles aux valeurs progressistes des grandes révolutions du passé, à se
solidariser avec le peuple grec en résistance, à réfuter les euro-mensonges des
médias, en un mot, à refuser à la fois le « droit » pour les
grands Etats prédateurs d’asservir des pays plus faibles et le « devoir » pour
les peuples de vivre esclaves au nom du Dieu Euro.
Faisons revivre
l’esprit de révolte contre l’indignité de l’esclavage pour dettes, qui permit au
peuple athénien d’hier, et qui permettra demain aux peuples grec, français,
italien, espagnol, portugais, allemand, etc., de balayer tous les despotismes, fussent-ils
cachés derrière les mots usurpés d’« Europe », de « liberté » et de « démocratie
» !
PREMIERS
SIGNATAIRES :
Georges
Gastaud, philosophe (62) ; Pauline Antonini, étudiante de l’Ecole
des Chartes (75) ; Gilles Bachelier,
juriste, officier de l’ordre national du mérite ; Danielle Bleitrach, sociologue (13) ;
Jean-Pierre Combes, ingénieur
polytechnicien (19) ; René Coucke,
médecin (59) ; Aurélien Djament,
chercheur en mathématiques (44) ; Jean-François Dejours (62), philosophe,
syndicaliste ; Filipe Diniz,
architecte, co-éditeur de odiario.info., Portugal
; Bruno Drweski, historien, Barbara Y. Flamand, écrivain
(Belgique), Vincent Flament,
latiniste, militant internationaliste (59) ; Marie-France Fovet, militante
internationaliste, professeur de philosophie retraitée (22) ; Benoît Foucambert (81), Marc-Olivier Gavois (13), agrégés
d’histoire ; Bernard
Giusti, écrivain, éditeur, syndicaliste (75) ; Georges Hage, m. honoraire du parlement français (59) ; Annie Lacroix-Riz, historienne,
professeur d’université émérite (78) ; Thérèse Lévené, enseignant chercheur
(59) ; Léon Landini, a. officier
FTP-MOI, officier de la Légion d’honneur, Grand mutilé de guerre (92) ; Pierre Lévy, journaliste (94) ; Angeles Maestro, médecin, a. députée «
rouge » au parlement espagnol ; Antoine
Manessis, chargé de cours à l’université de Grenoble (38), Pierre-Alain
Millet, élu municipal, enseignant informatique (69), Dominique Mutel,
professeur agrégé d’anglais (62) ; Claude Morilhat, philosophe (Doubs) ;
Laurent Nardi, professeur de lettres
(74) ; Jacques Nikonoff,
universitaire ; Gaston Pellet,
militant de la résistance linguistique au Business Globish ; Pierre Pranchère, ancien maquisard
FTPF, a. député de la nation, a. député européen (19) ; Jean-Luc Pujo, animateur des Clubs Penser la France (75) ; Miguel Queiroz, étudiant en philosophie
; Françoise Roucheray, professeur
agrégé d’anglais en CPGE, 59 ; Nathalie
Sage-Pranchère, archiviste-paléographe, historienne (75) ; Jany Sanfelieu, helléniste (86) ; Daniel Serrano, militant républicain
espagnol (75) ; Jean-Pierre Sinkiewicz,
professeur de physique, syndicaliste ; Stéphane Sirot, historien (59) ; Gérard Six, métallurgiste (62) ; Miguel Urbano Rodrigues, a. député
portugais au Conseil de l’Europe, ancien éditeur principal de l’Estado de Sao Paulo ; Betty Tambuscio, syndicaliste (Monaco)
; Yves Vargas, philosophe (93) ; Gautier Weinmann, militant léniniste
(59) ; Karine Van Wynendaele,
agrégée d’histoire, syndicaliste (62) ; Serge Zajac, professeur de philosophie
(59) ; Joël Vuylstecker, professeur
de S.V.T. (59) ;
Deuxième liste (8.11.11) ; Jean-Pierre Hemmen, fils de Fusillé de la Résistance, co-président du PRCF ; Robert Rondeau, métallurgiste retraité,
maire honoraire de Guyancourt. Alain
Rondeau, métallurgiste retraité (78) ; Michel Dupuy, cadre, syndicaliste (94) ; Jean Simon, militant communiste (94) ;
Jean-Louis Coty, cadre infirmier
retraité (77) ; João Vasco Fagundes, étudiant en philosophie,
Portugal ; Elisabeth Gauthier-Loubet,
professeur de philosophie (31) ; Eric Macia, juriste, ancien dirigeant
national et départemental (34) du PCF ; Danielle Macia, responsable PRCF 34, Cathy Macia, assistante sociale,Christian Mezzecases, retraité (34)
; Elisabeth Gauthier-Loubet, professeur de
philosophie (31) ; Jean-Marc Warszawski, musicologue (93); Denis Lemercier, Maître de Conférences
retraité. Pascale Cherrier,
enseignante, syndicaliste (18) ; Jamil Sayah, maître de conférence, Université PMF
Grenoble. Gilles Amiel de Ménard, technicien du son, militant du M’PEP
(07). Maryvonne Leray, enseignante retraité (44) ; Maurice
Lecomte, assistant social de l’éducation spécialisé retraité, 13 ; Marc
Harpon, professeur d’anglais, blogueur, 75 ; Jacques Avril,
professeur d’IUFM (Toulouse) ; Jacqueline Lavy, professeur des écoles
retraité, élue municipale, membre du M’PEP (74) ; Roberto Flores-Guevara,
médecin, a. chercheur INSERM (94). Luc Wajs, responsable syndical et associatif. Joël Boegler , fonctionnaire - (75). Jacques Magnin, fonctionnaire retraité
(74) ;
Claude Karnoouh, anthropologue et philosophe ;
René Barthes, angliciste (04) ; Suzanne Schwetzoff, militante
associative ; Odile Hage, élue
municipale (Douai) ;
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Roger ROMAIN, a/conseiller communal, B6180 Courcelles
(Belgique)
