24/12/2007

Sommet Afrique-Europe à Lisbonne :: L’Union européenne ne s’attendait pas à tant d’adversité ...

L’Union européenne (UE) espérait s’engager dans « une nouvelle ère », mais les choses ont tourné autrement. L’arrogance européenne n’impressionne plus l’Afrique.

Tony Busselen
19-12-2007

Le Théâtre Espoir parcourt le Burkina Faso pour conscientiser les gens à propos des dangers des « Accords de partenariat économique » (EPA, accords de libreéchange). Lors du sommet Afrique-Europe à Lisbonne, plusieurs dirigeants africains ont également marqué leur opposition à ces accords. (Photo http:// multiblog.vrt.be/)

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Les 8 et 9 décembre s’est tenu à Lisbonne le sommet Afrique-Europe. Mais contre toute attente, l’Afrique ne s’est pas laissée faire. « L’Afrique ne veut rien entendre des accords de libre-échange européens » a déclaré sans détour le président sénégalais Abdoulaye Wade en s’en allant avant même la fin du sommet. Selon les « accords de partenariat économique » (APE), 77 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (les pays ACP) devraient supprimer leurs redevances douanières pour que l’Europe puisse importer plus de matières premières. L’Afrique craint cependant que les importations européennes ne nuisent à sa propre économie.

L’Europe a longtemps prétendu être l’unique partenaire commercial de l’Afrique. Mais à présent c’est terminé, les pays d’Afrique travaillent de plus en plus en étroite collaboration avec les économies émergentes du Sud, comme l’Inde, la Chine et le Brésil. « L’Europe a pratiquement perdu la course en Afrique », a mis en garde le président Abdoulaye Wade à Lisbonne, « pour le prix d’une voiture européenne, vous pouvez acheter deux voitures chinoises ». Pour la plupart des Africains les biens de consommation chinois sont en effet beaucoup plus accessibles que les produits importés du Nord. Par ailleurs, les nouvelles économies émergentes, qui disposent d’importants fonds, peuvent proposer des prêts avantageux aux autres pays du Sud et investissent dans différents secteurs en Afrique sans s’ingérer dans ses affaires. Ce qui contraste fortement avec l’attitude de l’Europe pour qui les intérêts des multinationales européennes sont prioritaires. Théoriquement les relations entre l’Europe et l’Afrique devraient se dérouler sur « un pied d’égalité » mais dans la pratique, les leaders européens ont gardé un instinct colonial. Ainsi, le président Sarkozy lors d’un discours prononcé au Sénégal en juin dernier exhortait l’Afrique à la « raison » et à « l’Etat de droit ». Ce qui n’a pas été très apprécié. L’écrivain camerounais Mbembe a démontré que le speech de Sarkozy était pratiquement la copie conforme d’un texte rédigé sur l’Afrique par le philosophe allemand Hegel près de 200 ans plus tôt, un texte qui constituait une légitimation philosophique du colonialisme.1

La présence de Mugabe et l’absence de Kabila

La présence du président du Zimbabwe Mugabe est l’une des raisons qui explique le refus du premier ministre britannique Gordon Brown de participer au sommet. Depuis qu’il a osé exproprier les grands propriétaires terriens blancs, Mugabe est vu comme un dictateur en Europe. En Afrique, on envisage les choses différemment. Le quotidien congolais modéré, Le Potentiel, écrit à propos de la réticence de l’UE à l’égard de Mugabe : « Il est temps d’abandonner le paternalisme et les clichés de professeurs et élèves (en démocratie ndlr) ». L’Union européenne a bien compris qu’elle ne pouvait plus se permettre de polémiquer à propos de Mugabe. C’est pourquoi Mugabe a été invité et que Gordon Brown est resté chez lui.

Autre absence remarquée, celle du président congolais Kabila. Kabila veut en finir avec les séquelles de la guerre et réellement s’atteler à la reconstruction du pays. Le fait qu’il ait déclaré vouloir le faire avec l’aide de la Chine, entre autres, a suffit pour qu’il s’attire des manœuvres antipathiques de la part de l’Europe. Exemple : l’attitude envers le seigneur de guerre Nkunda, responsable d’une crise des réfugiés dans le Nord-Kivu. L’Union européenne bloque depuis 2002 une commande congolaise d’armes lourdes en provenance de République tchèque (20 millions de dollars), tandis que le gouvernement rwandais, qui soutient Nkunda militairement, ne s’est vu imposer aucun embargo sur les armes.

Il y a aussi Bemba, le rival de Kabila, battu aux élections présidentielles l’an dernier. Bemba conteste les résultats de ces élections et réclame le droit d’organiser une milice privée. Après la neutralisation de son armée privée, il est parti en congé-maladie en Europe d’où il continue, contrairement à toutes les conventions, à faire des déclarations politiques. De hauts responsables de l’UE et le ministère belge de l’Intérieur ont même déroulé le tapis rouge devant lui. Kabila n’avait donc pas très envie de se rendre à Lisbonne et serrer la pince de ceux qui défendent les intérêts des multinationales européennes. « Il est temps » a dit Kabila la semaine dernière au parlement à Kinshasa que « le peuple congolais puisse enfin voir à quoi sert son cobalt, son nickel et son cuivre ». Cela ressemble fort aux discours de Lumumba, le premier ministre congolais élu, assassiné le 17 janvier 1961 sur ordre du gouvernement belge de l’époque.

 

1 http://www.monde-diplomatique.fr/2007/11/PIRONET/15274

10:50 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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