29/01/2008

Un juge veut décider du programme du parti communiste...

Hongrie :: Le parti communiste en prison ?

Un juge de Budapest a ordonné au parti communiste hongrois d’annuler une décision. Le président du parti considère que c’est de « l’ingérence politique » et toute la direction se retrouve au tribunal pour « outrage ».

Jef Bossuyt
10-10-2007

Le parti ouvrier communiste hongrois est le successeur du parti communiste de Hongrie, interdit en 19891. Le parti a mené des actions pour le retrait de tous les soldats hongrois d’Irak et contre la guerre en Yougoslavie2. Est-ce pour cela que la justice hongroise – le pays est membre de l’Union européenne depuis 2004 ! – essaie par tous les moyens de faire échec au travail du parti ? En tout cas, le juge de Budapest est allé très loin dans son ingérence politique. Explications du président du parti, Gyula Thürmer.

 

 

Que s’est-il exactement passé ?

Gyula Thürmer. Au printemps 2005, l’ancien vice-président, Attila Vajnai, a exigé que nous changions notre programme. Il voulait un rapprochement avec le parti socialiste hongrois. Mais ce parti est au gouvernement depuis 2002 avec les conservateurs et mène une politique néo-libérale, qui n’a rien à voir avec un programme de gauche. Le congrès du parti a rejeté cette idée et a exclu le vice-président.

Celui-ci a contesté cette décision auprès du tribunal de Budapest. Et le juge a déclaré toutes nos décisions nulles et non avenues et a décidé que le vice-président devait être réintégré à la direction du parti.

 

Protestation contre l’intervention de la justice dans les affaires internes du parti communiste hongrois, ce 20 septembre devant l’ambassade de Hongrie en Grande-Bretagne. (Photo www.munkaspart.hu)

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En Belgique, une telle ingérence dans la vie interne d’un parti politique est impensable. Est-ce permis en Hongrie ?

Gyula Thürmer. Il y a effectivement chez nous une loi sur les partis politiques, mais elle ne prévoit des interventions que si quelqu’un subit des dommages matériels ou financiers ou si un membre est victime d’actes répréhensibles. Ici, il s’agit d’un jugement clairement politique. Vous devez savoir que notre parti a été en 2004 à la base d’un référendum contre la privatisation des hôpitaux et des soins de santé. Deux millions de Hongrois3 ont voté contre la privatisation. Les juges doivent estimer que nous sommes une force d’opposition intolérable contre le gouvernement néo-libéral. Ce jugement est donc inacceptable.

 

L’affaire a-t-elle eu d’autres conséquences pour votre parti ?

Gyula Thürmer. Et comment ! Le tribunal de Budapest a exigé que nous retirions nos propos, ce que nous avons refusé, naturellement. Là-dessus, le tribunal nous a poursuivis pour « outrage en public » et la police a instruit l’affaire… juste avant les élections de 2006.

Après cela, nous avons tenu un nouveau congrès, qui a définitivement exclu les partisans de Vajnai. Mais le jugement du tribunal nous a fait perdre un an et demi, pendant lequel nous n’avons pas pu être très présents dans la vie politique. Cela nous a empêché de participer aux élections. Et il n’est dès lors pas étonnant que les sociaux-démocrates et les libéraux aient de nouveau gagné.

 

Et qu’en pense l’opinion publique hongroise ?

Gyula Thürmer. Les médias ne disent pas un mot de l’affaire. Ils essayent de nous isoler en diffusant sournoisement leur campagne anticommuniste. Mais la sympathie grandit malgré tout parmi la population. Surtout parce qu’il s’agit d’une violation flagrante du droit à la libre expression – l’article 61 de la Constitution. Des journalistes et des membres d’autres partis comprennent qu’ils pourraient très bien être les prochaines victimes. C’est vraiment se moquer des normes en vigueur en Europe. La Ligue des Droits de l’Homme nous soutient. Elle a fourni des avocats, qui nous défendent lors du procès.

 

Le 6 novembre a lieu la prochaine audience. Quel en sera l’enjeu ?

Gyula Thürmer. Ce sera le début du procès pour outrage. Toute la direction du parti (nous sommes sept) risque deux ans de prison. Mais nous ne nous laisserons pas faire. Nous demandons à tous les démocrates d’Europe de protester contre cette affaire. Nous avons reçu la lettre de solidarité du PTB et nous vous en sommes reconnaissants. Dans d’autres pays aussi des lettres exigeants l’arrêt de ce procès sont arrivées aux ambassades de Hongrie.

1 Après la chute du Mur de Berlin et la fin du socialisme dans les pays de l’Est • 2 Pour plus d’informations, voir www.munkaspart.hu/english1.htm • 3 Le pays compte presque 10 millions d’habitants

 

15:43 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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