30/11/2012

En Belgique, « Le mouvement populaire de résistance, c’est le PC B qui l’anime » h1c7

 
 
 

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Histoire :: Le PTB, un des porte-drapeaux de la Résistance

Lors de la cérémonie commémorative de la Première Guerre mondiale à Anderlecht, le porte-drapeau du Comité d’action de la Résistance (CAR) a été la cible du bourgmestre sortant et son successeur. Sa « faute » ? Il est membre du PTB…

Jonathan Lefèvre
 

Photo "L'armée du crime"

Petit retour en arrière. Fin août la section locale du PTB Anderlecht se réunit pour élaborer son programme en vue des élections communales. Ses membres ajoutent qu’ils veulent que le Musée national de la Résistance reçoive à nouveau des subsides pour fonctionner normalement.

Des membres de la section locale font la connaissance d’un résistant qui les invite aux commémorations de la Libération de Bruxelles et d’hommage à la Brigade Piron. Olivier Fellemenans, responsable du PTB local, raconte la suite : « À ma grande surprise, on me demande si j’accepterais de devenir le porte-drapeau, avec Bob De Keuster comme remplaçant lorsque je ne suis pas là. Nous participons ensuite à plusieurs commémorations avant les élections où je suis porte-drapeau. Aussi bien Eric Tomas (PS, futur bourgmestre de la commune, NdlR) que Gaëtan Van Goidsenhoven (MR, bourgmestre sortant, NdlR) me voient et viennent me serrer la main. Ils savaient que j’étais du PTB, mais n’ont rien dit tant que c’était la campagne électorale. » C’est deux derniers vont pourtant alors se plaindre auprès du secrétaire général du CAR, qui est aussi le directeur du musée, jugeant « scandaleux » que des membres du PTB portent le drapeau lors de telles cérémonies.

Oubli

Bob De Keuster explique l’incident du 11 novembre : « Alors que je porte le drapeau, Eric Tomas et Gaëtan Van Goidsenhoven attaquent le secrétaire général du CAR, en lui disant que c’est un scandale, que nous, membres du PTB, ne sommes pas dignes de le porter et menace : si ça se reproduit, les autorités ne viendront plus aux commémorations organisées par le Comité. Par la suite Gaëtan Van Goidsenhoven a envoyé des mails où ils ont notamment dit que “les communistes n’avaient eu aucun rôle positif dans la Seconde Guerre mondiale” ! » Un révisionnisme historique que l’historien José Gotovitch démonte ici.

À noter que jamais les membres du PTB n’ont porté de signes distinctifs montrant leur appartenance à un parti. Olivier Fellemans insiste : « Nous ne soutenons pas le musée par calcul électoral, nous n’avions rien à y gagner, mais c’est bien par conviction que nous avons choisi de soutenir la lutte pour le musée de la Résistance. Nous sommes d’ailleurs le seul parti à avoir inscrit la survie du musée dans notre programme. Si le directeur nous a demandé de nous impliquer, c’est parce qu’il a vu que nous étions désintéressés. Je suis aussi actif dans le mouvement de jeunes du PTB, Comac, et j’essaie d’organiser le plus d’activités avec les jeunes. C’est important que les jeunes n’oublient pas l’Histoire. »

Un oubli qui s’applique à Gaëtan Van Goidsenhoven, selon Benjamin Pestieau, président du PTB Bruxelles. En réaction à une sortie du futur-ex-mayeur dans la Dernière Heure (« Bizarre de la part de communistes » de porter le drapeau), le PTB Bruxelles a réagi dans un communiqué de presse, repris par le même quotidien le lendemain : « Apparemment, Mr Van Goidsenhoven connaît bien mal l’histoire de son pays et particulièrement la période de résistance de la seconde guerre mondiale. »

 

José Gotovitch sur la Résistance :: « Le mouvement populaire de résistance, c’est le PCB qui l’anime »

Après les attaques à Anderlecht contre le rôle des communistes dans la résistance contre le fascisme, nous avons demandé l’avis de José Gotovitch, historien et professeur à l’ULB.

Jonathan Lefèvre
 

José Gotovitch, historien et professeur à l’ULB : « Les communistes ont été l’un des moteurs essentiels de la résistance à l’occupant en Belgique. Ils l’ont montré par leur action, et aussi par la répression dont ils ont été victimes. » (Photo www.breendonk.be)

Comment résumer le rôle des communistes dans la Seconde Guerre mondiale ?

José Gotovitch. Au moment de l’occupation du pays par les troupes hitlériennes, l’Internationale communiste (IC), dont est membre le Parti communiste de Belgique (PCB), a une ligne qui met sur le même plan les impérialismes britannique et allemand. Ils disent qu’il faut faire la paix. « Ni Londres ni Berlin » résume sa ligne politique. Cela fait que le PCB est l’objet de poursuites et que sa presse est interdite. Dès la fin des hostilités, et c’est ce qui le différencie de l’ensemble des forces politiques belges, il se reconstruit, rassemble ses militants. Dès la fin août 1940, il diffuse des journaux clandestins. Le PCB refuse totalement ce que les nazis imposent comme ligne à la Belgique, c’est à dire l’Ordre nouveau. À l’inverse de nombreux milieux économiques et politiques belges fort hésitants, si pas consentants. Il dénonce les fauteurs de guerres tant l’impérialisme britannique que l’impérialisme allemand. Dès le mois de septembre 1940, les communistes encouragent, dans les entreprises où ils ont des forces, à refuser l’austérité, pour reprendre un mot d’aujourd’hui, refuser les conditions de travail qui sont imposées. Pratiquement, en accompagnant les luttes qui terminent l’année 1940 et explicitement par sa plateforme de janvier 1941, le PCB va montrer qu’il analyse de manière de plus en plus pertinente la situation. Son opposition à l’Ordre nouveau, à Degrelle, à tous les collaborateurs, devient nette, claire et absolue.

Le PCB va s’ouvrir…

José Gotovitch. Peu à peu, il développe une analyse qui diffère quelque peu de celle de l’IC dans la mesure où il prend acte du développement au sein de certaines couches de la bourgeoisie belge de courants qui s’opposent à l’Ordre nouveau et qui ont entamé, elles aussi, une forme de résistance à l’occupant. Dès janvier 1941, il explique qu’il est important, au sein de la classe ouvrière, d’avoir un mouvement très large d’opposition à l’occupation et à ses conséquences : les restrictions alimentaires, la peur, les arrestations, l’absence de liberté, etc. Il prône l’union. Mais tant qu’il met sur le même pied Londres et Berlin, il est très peu écouté. Mais il faut souligner qu’il est alors le seul à forger un parti clandestin sur une ligne clairement exprimée dans les titres de ses premiers journaux « de libération sociale et nationale ». Il lie les deux aspects de l’action.

Le PCB précise cette stratégie qui s’exprime de manière tout à fait explicite en mai 1941 dans le « Manifeste aux peuples de Flandre et de Wallonie » qui affirme que, désormais, l’objectif exclusif de l’action doit être « Hors du pays l’occupant ». Il appelle à la création d’un large front pour l’indépendance du pays. Il faudra deux éléments pour que cela se réalise.

Lesquels ?

José Gotovitch. En Belgique même, la grève de mai 1941 qui démarre le 10 à Cockerill et est immédiatement relayée par tous les communistes dans les entreprises. Elle s’étend immédiatement, ce qui va pousser entre 80 et 100 000 personnes à faire grève dans les bassins industriels wallons et dans le Limbourg, donc les mines et la métallurgie. Une grève d’une intensité extraordinaire qui met en danger la production de guerre dont le Reich s’inquiète à Berlin, tant la chute de la production essentielle pour l’occupant est forte.

D’autre part, le PCB pointe dans les usines que la situation dramatique dans laquelle se trouve la classe ouvrière dans ce pays est le fait de l’occupation. Il faut donc unifier le combat contre cet occupant. L’élément fondamental qui va permettre au message communiste d’être entendu, ce qui était difficile auparavant, c’est l’agression des Allemands contre l’Union soviétique. À partir de là, quand les communistes disent qu’ils veulent se battre avec tous ceux qui sont sincèrement opposés à l’occupant, ce message trouve son chemin. Le PCB va pouvoir, à travers la structure qu’il met en place, le Front de l’indépendance (FI), un front qui unit tous ceux qui ont comme unique objectif de se battre contre l’occupant. Les communistes s’adressent à l’ensemble de la population, dans l’espoir de regrouper tous les mouvements de résistance qui existent, qui sont d’opinions très diverses. Ce front va s’étendre et devenir une structure nationale, le FI devient en un an le mouvement de lutte contre l’occupant le plus important du pays.

Comment agit-il pour connaître un tel succès ?

José Gotovitch. Il va structurer des mouvements d’abord par région et puis par catégorie socioprofessionnelle. C’est ainsi qu’on aura une organisation syndicale qui va lutter dans les entreprises, le Comité de lutte syndicale. On va voir naitre dans les milieux intellectuels Justice libre, qui travaille au niveau des avocats et des magistrats, Médecine libre, qui va travailler dans les hôpitaux, il y aura une tentative de fédérer la jeunesse avec le Rassemblement national de la Jeunesse, etc. Le PCB tisse une toile d’araignée dans tout le pays.

À côté de cela, emmenés notamment par des cadres qui ont été dans les Brigades internationales en Espagne, le PCB décide de constituer en novembre 1941 des groupes armés. Ces partisans vont être le bras armé du PCB et vont lancer la bataille contre l’occupant et les collaborateurs. Comme disait le Drapeau rouge (journal du PCB, NdlR), « il faut terroriser les traîtres ». Ils vont se battre notamment avec l’appoint important des étrangers, des travailleurs immigrés, organisés de manière systématique au sein du PCB.

Des groupes résistants de toutes tendances existent dans le pays. Il y a bien sûr l’Armée secrète constituée à l’appel du gouvernement de Londres et qui regroupe surtout d’anciens militaires mais dont l’objectif est d’agir aux côtés d’une armée alliée qui débarquerait. Le PCB, ses Partisans armés et le FI développent eux une action immédiate contre l’occupant, sous tous ses aspects. Tout cela grâce à une presse énorme, il y a à peu près 300 journaux clandestins communistes et de ses organisations. Les deux tiers de la presse clandestine en Belgique, c’est la presse du FI et du PC. Même si parfois ce sont des petits journaux qui disparaissent après quelques numéros car les gens qui y travaillent sont arrêtés. La répression est terrible et elle vise en premier lieu les communistes.

Dire que les communistes ont été un moteur important, si pas le moteur le plus important dans la résistance, est-ce aller trop loin?

José Gotovitch. Non, ce n’est pas aller trop loin. Il ne faut pas négliger un autre aspect : le patriotisme belge est une réalité. La première manifestation publique contre l’occupation se fait le 11 novembre à Bruxelles où les gens qui sont dans la rue sont des étudiants de l’ULB, des bourgeois patriotes, des anciens combattants, qui expriment leur « horreur du boche ». Ce sentiment patriotique est très présent dans certaines franges de l’extrême-droite aussi. Cette extrême-droite va aussi entrer dans la résistance tout en étant anticommuniste. Mais on peut dire qu’au niveau de la résistance, le mouvement populaire de résistance, c’est le PCB qui l’anime. Parfois, et c’est son succès, dans certaines régions, les communistes sont minoritaires eu sein du FI. Ils ont réussi à associer à leur lutte des gens qui viennent d’autres horizons. Par exemple, en Flandre, des libéraux prennent une part importante dans le FI, qui sont très opposés à la tendance catholique collaboratrice. Il n’y a que les socialistes qui sont très réticents, car ils voient dans le PCB et le FI une concurrence, surtout à la fin de la guerre. Mais les communistes ont été l’un des moteurs essentiels de la résistance à l’occupant en Belgique. Ils l’ont montré par leur action, et aussi par la répression dont ils ont été victimes. Même si je n’aime pas cette appellation « parti des fusillés », je préfère « parti de combattants ». La preuve la plus éclatante est que ce n’est pas pour rien que le PCB est sorti de la guerre comme étant un parti très puissant. S’il obtient le nombre de députés qu’il a en 1946, alors que la guerre froide est déjà commencée, tout à été fait pour tempérer l’impact des communistes sur l’électorat belge… Tous s’emploient, à commencer par le Premier ministre van Acker (socialiste), à retarder les élections au maximum pour tempérer l’impact communiste en Belgique. Mais il est malgré tout énorme. C’est pour ça que beaucoup le craignent, à la Libération.

Que des gens remettent en cause, aujourd’hui, ce rôle, cela vous inquiète ?

José Gotovitch. Aujourd’hui, cela relève de la bêtise ou de l’ignorance tellement énorme… On veut assimiler les communistes aux goulags, et à ce moment-là, on dit que la résistance, au fond, c’était une grande manœuvre communiste pour etc. Mais si vous prenez toute la littérature scientifique, sérieuse, sur la période, personne ne met en doute le rôle des communistes. Mais il ne faut pas croire que cette stigmatisation a débuté aujourd’hui. Dès le lendemain de la guerre, il y a des organisations qui sortent des brochures pour dénaturer la résistance communiste, le rôle des communistes et dire « attention aux communistes ». Certains socialistes ne sont alors pas loin de se joindre à ces campagnes. Mais actuellement, je vois cela plus comme de l’absurdité qu’un danger. J’ai la faiblesse de croire que la réalité du travail scientifique est tellement évidente que seuls des polémistes haineux et des ignorants peuvent nier la réalité. Mais il faut effectivement taper sur la table pour rappeler certaines vérités.

21:44 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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