15/01/2018

FRANCE: Jean SALEM, le fils du camarade Henri ALLEG, vient de nous quitter, ce 14 janvier 2018...


 

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De : Coordination Communiste <coordcomm5962@rassemblementcommuniste.fr>
Date : 14 janvier 2018 à 23:20


HOMMAGE AU REGRETTÉ CAMARADE JEAN SALEM

 

C'est avec une profonde douleur que nous venons d'apprendre le décès du camarade Jean Salem.

 

Notre camarade Jean Salem, philosophe, professeur à la Sorbonne, directeur du Centre d’histoire des systèmes de pensée moderne était le fils du communiste internationaliste Henri ALLEG, auteur de La Question, qui exposa à la face du monde la barbarie coloniale en Algérie.   

 

Digne fils de son père, Jean Salem fut notamment en 1982 l’initiateur - avec Jeannette Thorez-Vermeersch et 7 autres responsables vétérans du PCF - de « la lettre des 9 au Comité Central du PCF », intitulée « Où va le Parti? ». 

En 1998, il postfaçait La vie en rouge de Jeannette Thorez-Vermeersch, Editions Belfond.
Il est l’auteur de nombreux ouvrages et travaux de philosophie sur Hippocrate, Epicure, … Maupassant,… Feuerbach, Marx et Lénine… (cf
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Salem - http://chspm.univ-paris1.fr/spip.php?article16 )

 

Il savait être un redoutable pamphlétaire anticapitaliste, anti-impérialiste à la manière du célèbre chroniqueur de l’Huma, André Wurmser, comme par exemple dans son ouvrage 
Rideau de fer sur le boul'mich : Formatage et désinformation dans le monde libre, réédité récemment aux Editions Delga et un vulgarisateur hors-pair des grands classiques du marxisme-léninisme, à la manière de G. Politzer ou G. Cogniot comme dans son Lénine et la révolution, Encre Marine.

Au contraire de beaucoup d’intellectuels membres du PCF qui ont jeté le « bébé et l'eau du bain », Jean Salem a toujours été ce militant communiste marxiste-léniniste qui, par ses écrits, a œuvré comme penseur intellectuel et pédagogue au réarmement idéologique du prolétariat surtout après la défaite douloureuse du camp socialiste et de l'URSS en 1989/1991.

 

L'adage dit que « certains morts pèsent le poids d'une montagne », c'est le cas de notre cher et regretté Jean Salem qui a tenu haut le drapeau rouge orné de la faucille et du marteau pour que vive et triomphe l'avenir communiste inévitable de la France et de l'humanité.

 

Toutes nos condoléances les plus attristées à sa famille éplorée et à tous les communistes qui luttent pour reconstruire le parti communiste dont la classe ouvrière et le peuple ont besoin.                  

Pour le RCC (Rassemblement des Cercles Communistes): le Cercle Henri Barbusse (CHB) -  Janvier 2018

 

 

Nous publions en pièce jointe un texte que Jean Salem avait adressé en 2010 au CHB, à l'occasion d'une célébration de l'anniversaire de la Révolution d'Octobre: il s'agit de l'une de ses interventions prononcée en mai 2005, où il ne disposait que de 10 minutes pour résumer ses réflexions sur l’état du monde, réflexions qui véritablement n’ont pris aucune ride.

Nous republierons ultérieurement sur notre site, en hommage à Jean Salem, « la lettre des 9 au Comité Central du PCF », intitulée « Où va le Parti? ».  

 


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Coordination Communiste Nord-Pas-de-Calais

pour la reconstruction d'un parti communiste révolutionnaire

www.rassemblementcommuniste.fr





LETTRE DE JEAN SALEM AU CHB 

 

  Nous l’avions invité en 2010 pour les 93 ans de la Révolution d'Octobre 1917, mais il ne pouvait être présent parmi nous, car devant animer à la Sorbonne un séminaire « Marx au XXIème siècle ».   Il nous adressa alors ses excuses, ses « plus vives félicitations pour notre belle initiative » et nous pria de croire en ses sentiments fraternels.  N’ayant pu nous rédiger quelques lignes sur le thème de notre réflexion commune, il nous renvoya à l’une de ses interventions prononcée en mai 2005, où il ne disposait que de 10 minutes pour résumer ses réflexions sur l’état du monde, qui véritablement n’ont pris aucune ride.   Nous publierons ultérieurement en hommage à Jean Salem « la lettre des 9 au Comité Central du PCF », intitulée « Où va le Parti? ».   

 BONNE LECTURE! 

 

 

Intervention de Jean Salem.   

 

*  Charitablement. La première de ces minutes sera dédiée aux schtroumpfs caritatifs, à ces dignes représentants d’une génération qui a piétiné ses valeurs, d’une génération à palinodies et boursicotages, à « commerce équitable », à pantalonnades humanitaires entremêlées de tout-à-l’ego et d’appels frénétiques à la guerre. Car, dans cet océan de sucre, de miel et de caramel mou au fond duquel - comme en apnée - pendant près de vingt ans nous avons dû survivre, dans cette foire aux bons sentiments (qui, ne faisant aucun mal ne peuvent faire que du bien), c’est à la sanctification de l’état de fait actuel que nous avons finalement assisté. L’actualité du marxisme réside donc d’abord en ceci qu’il dénonce le capitalisme en tant que système, et qu’il nous fournit des outils qui font ressortir dans une lumière aveuglante l’inanité de tout angélisme, l’inefficience des « réformateurs en détails », l’imposture de ceux qui militent pour l’extinction du paupérisme... après dix heures du soir. 

 

*  Cyniquement. La deuxième minute sera consacrée à la « pensée unique ». Il faut relire Marx, après le déluge. Dans les Manuscrits économico-philosophiques de 1844, sont dénoncées l’inhumanité du capitalisme et l’infamie de ses thuriféraires. Les économistes classiques, tels Smith, Say ou Ricardo, n’ont guère considéré l’ouvrier que comme une bête de somme. Ils n’ont voulu voir dans l’homme qu’une machine à consommer et à produire. Ce qui peut advenir au travailleur en dehors du temps qu’il travaille, ils laissent benoîtement au médecin, au juge, au fossoyeur, ou bien au prévôt des mendiants, le soin de s’en inquiéter quelque peu. La complète domination de l’économie sur la société traduit une aliénation maximale, que manifeste avec éclat la puissance universelle de l’argent : « notre valeur réciproque, écrit Marx, est pour nous la valeur de nos objets réciproques ». Or, on peut trouver, dans un récent pamphlet libéral, des considérations doloristes et chiffrées touchant la baisse de productivité qu’aurait occasionné le passage à la semaine de 40 heures, à l’époque du Front populaire. Que ne nous parle-t-on pas, une bonne fois, des malheurs économiques que causa la loi de mars 1841 qui limitait aux enfants âgés de plus de 8 ans (!) l’âge légal d’admission à l’embauche ?  

 

*  Belliqueusement. - Pendant la troisième minute, je ferai une allusion bien trop succincte au complexe militaro-industriel, aujourd’hui bien installé du côté de ce qu’il y a de plus chic, acoquiné à toutes les maffias, détenteur de mille relais nouveaux et, au tout premier chef, d’immenses organes d’« information » ou prétendus tels. Je la consacrerai, autrement dit, à la confirmation quotidienne de cette thèse selon laquelle le système capitaliste assure le plus bel avenir à la guerre. À la guerre de rapine, à la guerre de prédation, à la guerre contre ceux qui sortent du rang ou contre celui qui fut hier encore un honorable concurrent sur le marché « libre », - à la guerre sino-américaine, par exemple, qui constitue désormais l’un des scénarios les moins improbables du futur proche. 

 

* Inégalement. La quatrième minute, les grands médias eux-mêmes en seront l’objet. Chomsky, dans son best-seller, Manufacturing Consent (La Fabrication du consentement), et moi-même, à ma modeste mesure, dans un essai que j’avais intitulé : Rideau de fer sur le Boul’Mich, avons décompté l’invraisemblable disparité qui est réservée par ces grands médias aux massacres contemporains, selon que ceux-ci sont ou non des massacres démocratiques.  « La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, notait Marx, des moyens de la production intellectuelle ». Et cela vaut, plus que jamais, dans un univers qui se donne pour but de faire du matraquage ininterrompu un environnement naturel, de nous saturer de messages, d’injonctions, d’« incitations » et de distractions. 

 

*  Économiquement. Cinquièmement, la déferlante religieuse dont nous sommes censément les témoins, les oppositions de tribus, les coutumes d’un autre âge et, chez nous, les entremêlements complexes du racisme et de la nécessaire défense de l’esprit laïque, - tout cela illustre avec éclat cette thèse fort peu paradoxale que rappelle une note du Capital : même au cours des époques pendant lesquelles le religieux semble constituer le facteur dominant (Marx pense alors au Moyen âge), l’économique n’en est pas moins le facteur qui détermine les autres instances de la société, les comportements des hommes et les croyances qui les mettent en mouvement. Bien habile, autrement dit, celui qui pourra distinguer la faveur dont jouit, hélas, un certain Islam radical dans plusieurs régions du globe et l’exaspération sociale suscitée dans ces mêmes régions par l’injustice et l’impérialisme. Car la religion, comme l’écrivait Marx, est toujours peu ou prou « protestation contre la détresse réelle ». 

 

* Mathématiquement. Ma sixième minute, je la consacrerai aux mesureurs, aux économétreurs et autres pourvoyeurs d’indices. Marx a cité et laissé parler Schulz, un économiste socialisant, qui dénonçait les calculs de moyennes des revenus des habitants d’une nation, calculs qui autorisent le philistin (rien, décidément, n’a changé !) à se leurrer sur la condition réelle de la classe la plus nombreuse de la population . Il s’insurgeait contre les pseudo-modèles qui, tels la loterie d’Adam Smith, prétendent justifier l’existence du capitalisme. On tient certes là le signe le plus apparent d’une conception bien particulière des mathématiques qui, de Hegel jusqu’au jeune Marx, récuse celles-ci parce qu’abstraites, c’est-à-dire surimposées à l’objet, extrinsèques à la réalité de la vie concrète. Mais il reste que la mise en chiffres de toute chose, de toute valeur humaine, constitue l’un des cancers de notre époque très étrange. 

 

*  Démocratiquement. C’est la septième minute : elle est réservée, justement, à cette espèce particulière de mesureurs, les sondeurs, - lesquels ont aidé à transformer en objets principal d’intérêt ces jésuites républicains, ces champignons libéraux de nature douteuse, comme il en pousse par centaines sur le fumier populaire du suffrage universel (toutes ces expressions sont reprises de Maupassant), - du suffrage universel à 40 % de votants et à 100 % de désabusés. L’actuelle religion du suffrage universel, dont la messe est dite en permanence par les instituts de sondage ou les commissions commissionnées par la Maison Blanche, mérite au moins un réexamen dont on trouvera tous les éléments ou presque dans les œuvres de Marx lui-même.  

 

 

* Uniformément. La huitième minute évoquera, comme en passant, l’effondrement des humanités, la dévalorisation de l’étude, du temps long, de la solitude et, plus largement, du travail bien fait. On s’y apitoiera, selon la formule désormais presque incontestée, sur la crétinisation générale, sur la chape de foot qui est tombée sur ce monde de plomb, sur son effarante uniformisation. « Sous peine de mort », lisons-nous dans le Manifeste du Parti communiste, « la bourgeoisie force les nations du monde à introduire chez elles la prétendue civilisation ». Elle façonne un monde à sa propre image. 

 

* La 9ème minute sera dédiée à certains de mes bons camarades. Les grands problèmes de la vie des peuples n’étant jamais tranchés « que par la force », écrivait Lénine en 1905, ceux qui se mettent à larmoyer aussitôt que la lutte des classes devient extrêmement aiguë, ceux qui demandent aux socialistes l’impossible, en exigeant d’eux que la victoire complète soit acquise sans que soit jamais écrasée la résistance des exploiteurs, - ceux-là sont « du fond du cœur avec la révolution », mais seulement à condition que celle-ci... se déroule sans lutte sérieuse ni ne comporte aucune menace de destruction ! En un mot, ce qu’ils exigent, c’est une « révolution sans révolution », déclare Lénine, en retrouvant ainsi les termes qu’avait utilisés Robespierre en 1792 : « Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution ? ». À ce propos, les portraits de Robespierre (jusque-là promu Antéchrist) ont commencé, comme dit Michelet, de ressurgir de dessous les lits à partir de 1830. De même, point n’est besoin d’être devin pour prédire qu’une réhabilitation bien plus que partielle des soixante-dix années de socialisme réel accompagnera comme sa condition nécessaire l’essor du prochain mouvement révolutionnaire. Cela me paraît aussi peu discutable que le principe des vases communicants. 

 

* Tchekhoviennement. La 10e et dernière minute sera celle de la jeunesse du monde. Jeunesse qui n’a que faire de nos désillusions, de nos faiblesses, ni de notre adhésion aussi béate qu’éphémère à tout ce qui, dans les années 85-90, fut gorblatéré à Moscou (le néologisme est de Zinoviev). La seconde Restauration posant de manière plus aiguë et plus vaste des problèmes largement analogues à ceux qu’a posés le premier capitalisme sauvage, celui du début du XIXe siècle, elle connaîtra les mêmes lendemains. Car les fossoyeurs du monde tel qu’il va sont déjà légion, - que ce soit ici ou ailleurs, dans nos paysages de chômage et de déclin programmé ou dans l’Inde et la Chine, ces workhouses qui sont grandes comme des continents et qui sont désormais nos manufactures. C’est elle, la jeunesse du monde, qui fera advenir ce dont nous ne savons pas bien ce que c’est. Nous sommes comparables, somme toute, à des personnages de Tchékhov : nous sommes malheureux ; oui, nous sommes un peu malheureux ; nous savons que quelque chose va venir, mais nous ne savons pas ce que c’est.

19:35 Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer | | |